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Pédagogie · commande publique française

Lire un appel d’offres

Comment on lit un avis, ce que le RC exige vraiment, comment on candidate, et le vocabulaire — factuel, illustré, sans inventer de clauses.

1. Comment on lit un avis

Un avis BOAMP est une publicité, pas le marché. Il sert à savoir : qui achète, quoi, jusqu’à quand, sur quelle plateforme, selon quelle procédure. Neuf cases suffisent pour décider si on ouvre le DCE ou si on passe.

Neuf cases à cocher sur un avis : nature, procédure, objet, dates, montant, lots, profil, critères, recours

Méthode. Ouvrez l’avis. Remplissez les neuf cases. Si « critères = voir documents de consultation », vous n’avez pas encore de go/no-go : vous avez un lien. Le bouton suivant est le profil acheteur, pas la rédaction d’un mémoire.

Nature de l’avis — le premier filtre

Nature BOAMPVous êtes encore candidat ?Que faire
Avis de marchéOui, si la date limite n’est pas passéeLire, retirer le DCE
RectificatifOui si l’AO initial l’est encoreRelire initial + modificatif (souvent une date déplacée)
Résultat de marchéNonVeille concurrentielle éventuellement, pas de dépôt

Sur la veille IA du 15 août 2026, deux avis encore diffusés étaient des résultats (TPM, Forêt Méditerranéenne). Ils n’apparaissent plus dans la liste des AO ouverts : c’est exactement cette case « nature ».

Section Acheteur(s) — qui achète vraiment

Sur un avis eForms, le bloc Acheteur(s) donne le nom officiel, la forme juridique de l’acheteur (autorité locale, organisme de droit public, entité à droits spéciaux…) et l’activité du pouvoir adjudicateur. C’est cette catégorie, pas le logo de la plateforme, qui qualifie le profil.

Deux liens à ne pas confondre : Profil de l’acheteur (souvent l’accueil AchatPublic / AWS / PLACE) et Adresse des documents de marché (la fiche de consultation, celle du RC). Les avis FNSimple (MAPA sous seuils) n’ont en général pas de forme juridique ; ils indiquent un « autre moyen d’accès aux documents ».

2. La pile de pièces (DCE)

Le DCE est le dossier complet. On le lit de haut en bas. L’avis (1) résume. Le RC (2) dit comment jouer. Le CCTP (3) dit quoi livrer. Le CCAP (4) dit à quelles conditions juridiques. Les prix (5) et l’AE (6) sont l’offre signée.

Pile de pièces : avis, RC, CCTP, CCAP, BPU, acte d’engagement

Règle pratique : on ne rédige rien avant d’avoir le RC. Un avis eForms peut dire « critères dans le document de consultation ». C’est le cas d’AURA Tourisme et d’OPCO ATLAS dans la veille en cours. PRIAM est l’exception pédagogique : le RC d’admission est un PDF public.

3. Candidature n’est pas offre

Deux questions différentes, parfois dans le même fichier zip :

  1. Candidature — l’opérateur est-il apte ? (identité, exclusions, capacités)
  2. Offre — que propose-t-il, à quel prix, avec quelle méthode ?
Deux colonnes : candidature (aptitude) et offre (proposition)
  • AO ouvert / MAPA : souvent un seul pli, deux sous-dossiers. L’acheteur ouvre d’abord la candidature ; une candidature irrecevable fait tomber l’offre sans la noter.
  • AO restreint et SAD : d’abord la candidature. L’offre ne vient que si vous êtes admis (restreint) ou lors d’un marché spécifique (SAD).

Confondre les deux produit des mémoires techniques envoyés à un SAD d’admission — inutiles — ou des DC1 envoyés comme seule « offre » à un AO ouvert.

4. Les procédures (ce que le mot « AO » mélange)

Dans le langage courant, « répondre à un appel d’offres » recouvre quatre régimes. Le champ procédure de l’avis tranche.

Quatre procédures : MAPA, AO ouvert, AO restreint, SAD

Ce qui change pour vous

MAPAAO ouvertAO restreintSAD
Qui dépose une offre ?Selon le RCTous les opérateursSeuls les admisSeuls les admis, au marché spécifique
NégociationSi le RC la prévoitNonNonSelon chaque marché spécifique
Porte d’entrée jeune sociétéSouvent la plus réaliste sous seuilsRéférences + prixLe dossier de capacitésL’admission, sans note d’offre
Exemple veille IAAD Normandie, SGDSNAURA, CNFPT, Grand Est, ATLASSAD PRIAM (libellé BOAMP : restreinte)PRIAM, SICTIAM

Le SAD (R. 2162-37 et suivants) est conçu pour des achats d’usage courant, entièrement électroniques, ouverts en continu à de nouveaux candidats. Les acheteurs l’utilisent aussi pour des prestations intellectuelles IA (PRIAM, SICTIAM). Juridiquement vous n’« emportez » pas le SAD : vous demandez à être référencé.

5. Les seuils 2026-2027 (HT)

La procédure dépend de la valeur estimée hors taxes du besoin, pas de ce que vous facturerez. Interdiction de « saucissonner » pour rester sous un seuil (Service public).

Échelle des seuils 2026 : dispense, publicité 90 k€, MAPA, formalisé
  • Dispense fournitures/services : 60 000 € HT depuis le 1er avril 2026 (40 000 € avant cette date).
  • Dispense travaux : 100 000 € HT, pérennisée.
  • Publicité BOAMP ou journal d’annonces : fournitures/services ≥ 90 000 € HT, y compris en MAPA.
  • Formalisé (collectivité, EPCI…) : 216 000 € HT fournitures/services. État / autorités centrales : 140 000 € HT. Secteurs spéciaux : 432 000 € HT. Travaux et concessions : 5 404 000 € HT.

Sources : Service public Entreprendre (mise à jour 31/12/2025) ; avis relatif aux seuils NOR ECOM2600976V, annexe 2 du Code de la commande publique ; règlements délégués (UE) 2025/2150 et suivants.

6. Règles de candidature (le dossier « aptitude »)

Le Code pose le cadre. Le RC dit comment le prouver dans cette consultation. Ordre mental :

  1. Motifs d’exclusion (L. 2141-1 et s., L. 2141-7 et s.) — déclaration sur l’honneur, puis attestations fiscales / sociales pour l’attributaire.
  2. Capacité à exercer — immatriculation, objet social, habilitations si l’activité est réglementée.
  3. Capacité économique — CA, fonds, assurance ; parfois un minimum chiffré, parfois une appréciation (PRIAM : pas de minimum dans le RC).
  4. Capacité technique — références similaires au lot, effectifs, certifications.
  5. Pièces de forme — DUME ou DC1/DC2, signatures, langue française, euros, coffre du profil, éventuellement charte.

DUME. Document unique de marché européen. Il peut remplacer DC1/DC2 à la candidature. Ce n’est pas l’offre. L’acheteur peut demander les preuves (bilans, attestations) au moment de l’attribution, ou plus tôt si le RC le dit. MAPA AD Normandie : « DUME ou DC1/DC2 ».

Ce que l’acheteur n’a pas le droit d’exiger n’importe comment

  • Un critère d’attribution non publié dans l’avis ou le RC.
  • Une référence « marché public français » obligatoire si une référence privée équivalente existe (sauf besoin légitime motivé).
  • Un CA hors de proportion avec l’objet — contestable, mais il faut le lire dans le RC avant de crier au loup.

À l’inverse, un RC peut exiger 2 à 5 CV selon une trame (CNFPT) : ce n’est pas un caprice, c’est le critère. Une jeune société avec fondateurs seniors passe ; une équipe uniquement junior, non.

7. Sélection vs attribution

Critères de sélection (aptitude) contre critères d’attribution (OEP)

L’offre économiquement la plus avantageuse (OEP) n’est pas forcément la moins chère. Le RC publie soit une pondération (40 % pédagogie, 25 % prix…), soit une hiérarchisation. Exemples de la veille :

  • CNFPT : 40 / 30 / 5 / 25 (pédagogie, CV, développement durable, prix).
  • Grand Est : 25 / 15 / 20 / 40 — le prix pèse 40 %, une structure légère n’est pas absurde.
  • PRIAM admission : pas de note. AURA / ATLAS : critères absents de l’avis → RC uniquement.

Variantes : interdites par défaut. Si le RC les ouvre, il faut presque toujours une offre de base conforme en plus. Une variante seule est souvent irrégulière.

8. Jeune entreprise : trois portes

Seul, groupement, ou capacités d’un tiers
  • Seul — si le RC n’impose pas de CA / références hors de portée, et si « preuve par équivalence » est écrite (PRIAM C2).
  • Groupement — conjoint (chacun sa part) ou solidaire (tous tenus du tout). Un mandataire. La répartition se déclare. On ne bricole pas un groupement la veille à 23 h.
  • Capacités d’autrui — sous-traitant ou société liée, avec preuve de mise à disposition. Une référence « empruntée » sans lien est un motif d’exclusion.

Sous-traitance : DC4 (ou papier libre + clauses du CCAP). Elle n’évite pas d’être apte soi-même sur le cœur du lot si le RC l’exige.

9. Déposer, poser une question, attendre

Cycle : veille, lire l’avis, retirer le DCE, go/no-go, déposer, attendre
  1. Retirer le DCE sur le profil (compte entreprise). Un RC « public » peut quand même exiger un login : ce n’est pas un marché secret, c’est une traçabilité des retraits.
  2. Questions : uniquement via la messagerie du profil, dans les délais du RC (souvent J-10 pour poser, J-6 pour la réponse). Une question par téléphone n’existe pas.
  3. Transmissions successives : beaucoup de RC (dont PRIAM) ne gardent que le dernier pli, qui doit être complet.
  4. Copie de sauvegarde : seulement si le RC la prévoit, et selon le mode prévu.
  5. Après dépôt : silence ≠ rejet. Attendre la notification / le classement. Respecter le standstill avant de crier victoire.

10. Six pièges (vus sur cette veille)

Six pièges : diffusion, avis vs RC, résultat, login, SAD, variante

11. Glossaire

Vocabulaire de travail. Tapez un mot (RC, DUME, SAD, CPV…) ou filtrez par famille. Les définitions sont pédagogiques ; le RC de la consultation reste le texte opposable.

Sources

  • Code de la commande publique, notamment L. 2141-1 et s. (exclusions), R. 2123-1 (MAPA), L. 2124-1 et s. (procédures formalisées), R. 2162-37 et s. (SAD).
  • Service public Entreprendre, « Marchés publics : nouveaux seuils… », 1er décembre 2025, mise à jour 31 décembre 2025.
  • Avis relatif aux seuils de procédure NOR ECOM2600976V (JO, annexe 2 du CCP) ; règlements délégués (UE) 2025/2150, 2025/2151, 2025/2152.
  • BOAMP (DILA) / eForms — natures d’avis, idweb, profils d’acheteur.